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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 15:02

 

Je suis un passant qui chemine entre rêve et réalité. Seul et nu sur le chemin qui le conduit vers le rire. Jusqu'au point où le rire se confond avec les pleurs. Un passant avec sa peur pour unique compagne.

Au nu de l’horizon, mon regard-carreau s’enlise dans l’œil obscur du ciel licorne. Bleue et vide, la Sainte-Coquille. Aux quatre points cardinaux de ma folie, le temps s’éloigne en claudiquant. Bleu et vide.

Alors j’ai accroché mon cœur au frontispice du Rêve… Il s’est perdu dans l’indicible... Un jour j’irai jusqu’à l’arc-en-ciel d’Éros où nul n’est tenu… Hier j’ai frappé à sa porte et la porte s’est brisée.

Il est temps de coucher mes mots, mes pauvres mots de tous les jours, dans la glaise de mon ignorance native.

Tout comme des cris jetés au vent tels des fragments de mon cerveau enfiévré. Et ce livre que j’ai lu ou que je lirai : roulement à billes qui délie les bribes de lucidité forclose de mon intelligence atone.

Il a murmuré à mon oreille  – Sur ton passé ne te retourne pas.  Ne craint pas tes égarements, redoute de les contempler  –   A l’ombre de sa main, j’ai vu, dans le sillage des hirondelles, se dessiner le sourire divin sur l’esprit de Sisyphe  – Si haute sera la haute montagne, le Simple la franchira de ses quatre sabots noirs et durs jusqu’à la haute grille du jardin de l’incertitude. Dans la main du Juste on verra alors l’invisibilité nous crucifier sur la porte du temple –  Puis il s’est refermé. J’ai vu alors dans la main du Simple se coucher le Juste. D’un coup de pied il m’a fait rouler au bas de la montagne. C’est alors que je me suis éveillée. J’ai ramassé mes rêves éparpillés dans la charrette poussiéreuse de mes pâleurs de lune.

Depuis, je marche dans la tranquillité crépusculaire les mains dans mes poches où tintinnabulent les cailloux blancs du Petit Poucet.

Les contes de mon enfance bruissent dans ma nuit des portes de secours.

Il était une fois...
Le pas feutré de mes ours en peluche
Le rire cristallin de mon sac de billes
Le crissement du sable entre mes orteils
Le rire creux de ma mère et ses sourires fragiles

Les contes de mon enfance  tissent dans ma mémoire les écheveaux arachnéens des rivages féroces où tracer des signes nus, un cercle blanc éclaboussé de chaleur, des mots diaphanes pour dépeindre ce rêve que je ne nomme plus.

Le tohu-bohu des hommes ne saurait
Couvrir la Parole du Murmurant.

Demain quand je débarquerai sur le rivage des hommes en poussant des gueulements de goret qu’on égorge, il sera fini le rêve barbare.

Mais je ne verrai rien de tout cela.
Je n’ai rien vu de tout cela
Mais j’ai vu dans le puits sans fond de ma mémoire rétive

Mes dénis, mes envies et mes entêtements
Comme un troupeau de chevreaux
Conduits à l’abattoir
Je n’ai pas vu le couperet de la peur
Fendre le crâne arrogant des régaliens en chemise brune
J’ai vu la photographie des crochets de bouchers
J’ai vu les emplacements des baraquements des déportés
J’ai vu à ne plus voir la vie en face
J’ai vu à graver sur ma rétine
Les croix blanches
Les noms sur les monuments aux Morts

J’ai vu l’élagage de mes espérances
À lourdes branches pleureuses
Épandues  sur le pavé ruisselant
Où roule l’insomniaque complaisance
Des cinq cent mille soldats

J’avance dans ma marche crépusculaire les mains dans mes poches où tintinnabule l’absence criarde des cailloux blancs du Petit Poucet.

Je suis un passant qui chemine entre rêve et réalité. Seul et nu sur le chemin qui le conduit vers le rire. Jusqu'au point où le rire se confond avec les pleurs. Un passant avec sa peur pour unique compagne.

 

"Je suis ce passant qui chemine" photo d' d'Emmanuelle Poulain - Gaby Monnet-Ferréol aux Ecuries de l'Aven à Pont-Aven

"Je suis ce passant qui chemine" photo d' d'Emmanuelle Poulain - Gaby Monnet-Ferréol aux Ecuries de l'Aven à Pont-Aven

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Published by Gaby Ferréol - dans Poésie libre
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  • : Gaby Ferréol - ses poésies & autres textes
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  • Gaby Monnet-Ferréol
  • Née en Tunisie, a vécu à Lyon. En 1996 s'installe en Bretagne. A Lyon, Adjointe de direction au Théâtre des Marronniers puis Codirectrice artistique du Théâtre Athanor. A Port-Louis, Codirectrice artistique de la Cie Athanor. Depuis 2004, se consacre à l'écriture & aux arts visuels.
  • Née en Tunisie, a vécu à Lyon. En 1996 s'installe en Bretagne. A Lyon, Adjointe de direction au Théâtre des Marronniers puis Codirectrice artistique du Théâtre Athanor. A Port-Louis, Codirectrice artistique de la Cie Athanor. Depuis 2004, se consacre à l'écriture & aux arts visuels.

"A l'ombre des fleurs de cerisier / il n'est plus / d'étrangers" Kobayashi Issa

A publié de la poésie.
A exposé des photos, peintures.
S'intéresse à la création contemporaine. 

 

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