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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 19:24

 

 « J’avais mis ce matin-là mon manteau rouge… C’était fini. Je suis restée longtemps immobile devant la porte. Ici, il n’y avait plus rien à espérer... alors je suis partie sans me retourner. Je me souviens de m’être dit que ce soir une fois la frontière passée, je serai seule. Je n'y avais pas repensé depuis aujourd'hui. »

 

« Moi, je n’étais plus très sûre d’avoir pris la bonne décision. Il était pourtant encore possible de faire machine arrière. Que si je partais, ce serait pour toujours. Mais que si je restais… Alors non, je n’avais pas d’autre choix. Aucun. Oui je suis contente de l'avoir fait. Mais parfois c'est un peu douloureux. Des regrets ?... Oh c'est sans importance. Ici, j'ai tout reconstruit... Alors qu'est-ce que j'aurais à regretter... »

 

« Quand je suis arrivée sur la place il faisait encore nuit... Je me suis assise sur un banc et j’ai attendu. J’avais beau savoir qu’ici je ne risquais plus rien : j’avais peur. Mais quand j’ai vu la lumière s’allumer enfin dans le bar où l’on m’avait dit me rendre, ma gorge s’est serrée, serrée. Je crois que j’ai pleuré et ri en même temps. Pour moi ça n'a été ni facile ni difficile mais douloureux. J'étais jeune bien-sûr mais je ne pouvais plus rester là-bas. Là-bas, j'ai vu partir ma famille, des voisins, des amis... aucun n’est revenu... Non, non je n’y retournerai pas. J’aurais trop peur ou trop mal. Et puis mon pays maintenant c'est ici. »

 

« Je voudrais ne plus me souvenir. Et puis c’est loin, tellement loin tout ça… Quand je suis arrivée ici, j’ai voulu tout oublier. Ne pas penser aux choses dures, pénibles. Mais… parfois la nuit… Vous savez, on ne peut jamais oublier tout ça. Jamais… Les images, les bruits, les odeurs, ça revient, ça revient. Je me réveille et… j’ai peur. »
 

 

« Je me souviens de la pluie qui mouillait mon visage. Que je regardais les vagues en me disant que je les retrouverais de l’autre côté. Que j’ai posé ma joue sur mes bras serrés contre ma poitrine et que j’ai fermé les yeux... Je ne pouvais plus regarder. C’était au-dessus de mes forces. Et puis le car est arrivé. Il a longé la mer pendant presque tout le voyage. Après j’ai entendu un bébé pleuré… C’est tout ce que je ramenais : ma fille. »

 

 

 

"L'exil" Peinture numérique de Gaby Monnet-Ferréol

"L'exil" Peinture numérique de Gaby Monnet-Ferréol

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Published by Gaby Ferréol - dans Poésie libre
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commentaires

marine D: 02/02/2015 07:49

Exilés de nos émotions quand le temps a fait son oeuvre, nous le sommes de toutes les instants disparus

ben 10 27/01/2015 11:49

Malheureusement il n'y a pas un exil, ce sont toujours des exils...

avsahreli 07/05/2012 23:21


Texte très émouvant... "je voudrais ne plus me souvenir...mais  parfois, la nuit, vous savez...les images, les bruits les odeurs..." Très beau!  L'exil est une cassure.

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  • Gaby Monnet-Ferréol
  • Née en Tunisie, a vécu à Lyon. En 1996 s'installe en Bretagne. A Lyon, Adjointe de direction au Théâtre des Marronniers puis Codirectrice artistique du Théâtre Athanor. A Port-Louis, Codirectrice artistique de la Cie Athanor. Depuis 2004, se consacre à l'écriture & aux arts visuels.
  • Née en Tunisie, a vécu à Lyon. En 1996 s'installe en Bretagne. A Lyon, Adjointe de direction au Théâtre des Marronniers puis Codirectrice artistique du Théâtre Athanor. A Port-Louis, Codirectrice artistique de la Cie Athanor. Depuis 2004, se consacre à l'écriture & aux arts visuels.

"A l'ombre des fleurs de cerisier / il n'est plus / d'étrangers" Kobayashi Issa

A publié de la poésie.
A exposé des photos, peintures.
S'intéresse à la création contemporaine. 

 

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