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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 18:40

Le même jour passait. Bonheur toujours oublié donc sans cesse répété. Le 7ème jour comme la 7ème femme. Le 6ème comme la 6ème. Le 5ème comme la 5ème. Le 4ème comme la 4ème... etc. Veiller ainsi sur l'insécurité de tout ce qui s'enfuit. Entendre l'immobilité, c'est voir l'oubli.

 

 

Accusée de trahison, Anne Boleyn fut décapitée.

 

 

Il va la tuer. Il l'a dit. « Je vais vous égorger. Je ne peux pas faire autrement. Et après je pleurerais sur votre silence. Je dois vous tuer parce que je ne peux supporter ma présence heureuse auprès de vous. Je veux vous tuer parce que je vous aime trop pour tolérer que vous soyez enchaîné à votre mémoire sensuelle et à l'oubli de mon propre corps. En vous tuant, je perçois notre double séparation. Laissez-moi-vous conduire jusqu'à moi. Faites en sorte que je puisse oublier votre existence hors de moi. »

 

 

Est ce que cela va bientôt arriver ? ! Ah ! L’ignorance du crime en haut de l'escalier vermoulu. Adossée à la petite porte de fer, Judith lui tend le couteau en le priant d'ouvrir lui même la dernière porte

 

 

Le château de Barbe Bleue. Un opéra de Bela Bartok. La silhouette du Duc s'enfonce dans la nuit. Désormais tout ne sera plus que ténèbres. Une à une les 7 portes de son âme se referment sur lui. Ses femmes s'éloignent dans la splendeur du souvenir. Toutes, toutes plus belles. Aucune jamais égalée en beauté. Ce château où il se meurt d'attendre celle qui le délivrera de ses cruels souvenirs. Il tombe à genoux, tend les bras : Ainsi la terre n'a donc pu s'entrouvrir pour m'engloutir, ni la mer hostile même aux innocents. J'ai évité la justice, je me suis dérobé à l'arène, j'ai tué l'hôte et tout cela pour en venir, après tant de coups audacieux, à n'être qu'un mendiant, exilé, abandonné.

 

 

Il était une fois une grille grande comme deux carreaux de fenêtre. La grille ne fermait sur rien. Une femme courrait derrière en serrant ses poings jusqu'au sang. Elle glissa lentement au sol et sans lâcher la grille grande comme deux carreaux, elle murmura : Barbe Bleue, n'as tu jamais aimé une autre femme plus que moi ?

 

 

L'actrice  - une actrice -  est assise au centre de la scène. Parfaitement immobile. Un homme, vêtu de noir, vient la chercher pour la conduire au château de Barbe Bleue. Puis l'entraîne dans l'espace en esquissant un pas de danse. Et les autres ? Les autres acteurs suivent.

 

 

Il est un conte que raconte Schéhérazade à Othello...

 

 

Dans la nuit semée d'étoiles

La clarté sur ton visage

L'ombre dans ta chevelure

Désormais la nuit est tienne

Son brillant manteau d'étoiles

Sa couronne scintillante

Tout est à toi pour toujours

Belle, belle, rayonnante

Tu as été de toutes

De toutes la plus belle !

Désormais

Plus rien que l'ombre

L'ombre l'ombre

 

 

BELA BARTOK (1881 1945) compositeur, virtuose et chercheur hongrois. Considéré comme le Père de la musique moderne. On lui doit un opéra. Une salle ronde. A gauche, un escalier. A droite, 7 portes closes. La scène est dans la pénombre. Deux silhouettes se découpent dans l'encadrement d'une petite porte de fer. Et la complainte de Barbe Bleue.

 

 

Une grande salle ronde aux murs épais et humides. A gauche, l'escalier de fer en colimaçon. A droite les 7 grandes portes. Au centre de la scène la femme suspendue au cou de son amour. Bouche collée à son oreille. Ils se tiennent raides. Figés.

 

 

Les lumières, elles montent : on entend le bruit du vent les volets mal joints. Ils pleurent en silence. On dit qu'on ne retrouva jamais le couteau de l'amant. On dit qu'il garde en lui la trace ensanglantée de celle qui le brisa. Et cette mollesse blanchâtre de l'œuf Elle suinte par tous ses pores avant de disparaître au creux de la main de celle dont la crudité dégouline entre ses propres doigts comme d'autres se flagellent.

 

 

La lune. La lune. Oeil rond de la folie des sens. Et les seins ronds de la femme déposés sur la table de la cuisine. Et ses fesses rondes collées à la lucarne. Derrière la vitre Barbe Bleue cogne de son membre raidi Judith lui sourit et jetant un rond chrysanthème noir lui ferme toutes ses jalousies. A travers le mur de lumière on distingue ses mains qui se détachent... phrase laissée en suspens, indécise, au carrefour des sens à entendre par ce vocable : se détachent. Légère imprécision, secondes qui vacillent, esprit qui s'envole et fait son choix : les mains se détachent, tout comme son regard lui aussi détaché d'elle et la bouche à son tour détachée. La bouche détachée lance des signes sonores et notre oreille inventée imagine la vibration murmurée

 

 

Mots répétés comme la rivière d'eau s'échappant du robinet de la cuisine qu'elle a oublié de fermer le jour où il faisait si beau que sans s'en rendre vraiment compte elle est arrivée aux grilles du château. La femme est assise au bord de la route. La route, elle, est impossible à appréhender dans sa réalité visuelle. Mais puisque la femme a marché avant de s'asseoir, il faut bien qu'il y ait eu une route sur laquelle pas après pas elle aura abandonné son corps à la caresse de l'air.

 

 

Femme en pièce, détachée. Une jambe. Un bras. Et l'œil. Et le sein. Et la fesse. Et la main qui se crispe à la barbe du Minotaure espagnol. Ménade furieuse qui court à ses secondes noces. Epingle à cheveux. Epingle à cheveux. Epingle à cheveux. Mots gouttes de sang du serment d'épine qui coûta la vie à la princesse bleue d'un conte pour enfant à naître beaucoup plus vieux que l'âge de leurs parents n'aurait pu le laisser supposer.

 

 

Je ne veux pas qu'il me voie pleurer ou elle ne veut pas qu'il la voie pleurer ? Qui du Je ou du Elle Qui d'elles ou de moi...

 

 

1 le nom de l'arbre 2 un jardin abandonné En attendant Le dernier amant La dernière femme La dernière chambre Lui Elle L'espace d'un éclair 3 Les portes de la mort 4 L'eau Le dernier pont Là où l'on rejoint l'océan ibérique 5 Barbe Bleue Cage Oiseau Le désir est seigneur de spectre Le désir nous change en spectre Bartok et Banco Une reine chante une lointaine complainte portugaise 6 Qui est l'arbre de vie Qui a dit arbre L'arbre existait il avant d'être nommé L'arbre n'existe pas sans le nommer 7 Au bord du reflet comme de la résurrection 8 sommes des fantômes errants portant leurs chimères jusqu'en Espagne 9 Sont géants Sont nains Se prennent sans regret au jeu du solennel Au secours j'ai perdu mon amour Et se noie dans une soucoupe 10 Chambres habitées par les fantômes bleus du château sombre En attendant le miroir nu Une femme au seuil du lagon bleu 11 Le conte transforme le temps Se tait en attendant l'épouse qui le ramènerait à la vie 16 A midi, Barbe Bleue se meurt Château Escaliers ambulants Chambres mortes

 

 

Giovanni Giacomo Cazanova de Seingalt (1725 1798) Aventurier célèbre pour ses exploits romanesques et galants qu'il conta dans ses Mémoires.

 

 

« En attendant Barbe-Bleue » un spectacle du Théâtre Athanor de Lyon

Textes de Gaby Monnet-Ferréol et Marie Gerlaud - en voix off par les 2 auteures

Marie Gerlaud, comédienne, dans "En attendant Barbe-Bleue" (photo Gaby Monnet-Ferréol)

Marie Gerlaud, comédienne, dans "En attendant Barbe-Bleue" (photo Gaby Monnet-Ferréol)

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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 09:50

 

 

Sous le regard funeste du thaumaturge théorétique

Mille ganaderos fuégiens s'affolent

Le victimaire se détache du sein des serviteurs de l'Hélioskholê

La horde vénérienne laisse éclater son indécente joie

Cris larmes et rires

En une effroyable orgie meurtrière

Les voyeurs aux abois

Gestes roides

Mimiques obscènes

Lâchant les fragrances pestilentielles de leurs regards fauves

Oscillent entre l'infâme et le sublime

Lorsque le sang jaillit de la gorge des bêtes

Leurs délires se vautrent dans les flaques du sable incarnat

Mains et sexes tendus

Vers l'inaccessible

A la limite du rêve et du réel

L'insane communion délétère

Triomphe du test mimétique, polymorphe

Le choéphore parcourt les espaces vides

Entre les mannequins portant tous son masque

La violeuse sacrée Fleurie d'atrocité et de nudité

A le plus grand souci de ne pas livrer

Ce qui lui apparaît déchirant

À ceux qui ne peuvent être déchirés

 

 

(texte du spectacle "Corrida fleurie" par la Compagnie Athanor) d'après « Les Ecrits et Histoire d’une petite fille » de Laure

 

"Cerbère 1" peinture numérique de Gaby Monnet-Ferréol

"Cerbère 1" peinture numérique de Gaby Monnet-Ferréol

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  • Gaby Monnet-Ferréol
  • Née en Tunisie, a vécu à Lyon. En 1996 s'installe en Bretagne. A Lyon, Adjointe de direction au Théâtre des Marronniers puis Codirectrice artistique du Théâtre Athanor. A Port-Louis, Codirectrice artistique de la Cie Athanor. Depuis 2004, se consacre à l'écriture & aux arts visuels.
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"A l'ombre des fleurs de cerisier / il n'est plus / d'étrangers" Kobayashi Issa

A publié de la poésie.
A exposé des photos, peintures.
S'intéresse à la création contemporaine. 

 

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